Mustapha Benzitouni
Depuis 15 ans, Mustapha Benzitouni est un acteur associatif dynamique au Mirail, et plus particulièrement à Bellefontaine. Avec l’association Agora, dont il est président, il entend donner leur chance aux habitants du quartier, et les pousser à se battre pour réussir. Entretien.
Mustapha, pouvez-vous présenter votre association ?
Agora compte 375 adhérents, et plus de 1 000 sympathisants. Mais les statistiques importent peu. Le but est que tous les citoyens puissent s’approprier la structure et que chacun puisse exister. En ce qui concerne les actions de l’association, nous organisons diverses animations socio-culturelles comme des rencontres sur la diversité, des expositions ou des repas. Notre action principale reste un accompagnement socio-professionnel pour les moins de 16 ans, notamment au travers du sport. Le projet concerne plus de 50 familles.
En quoi consiste-t-il ?
Nous avons souhaité créer un espace dédié à l’enfant, en partenariat avec les parents. Leur participation est indispensable. L’objectif est de lier l’aide sociale et la solidarité. Nous fonctionnons sur une politique du résultat, à savoir que nous sommes prêts à payer la participation d’un jeune à une activité sportive, ou à participer au financement de soins. Mais en échange, nous exigeons que les parents s’impliquent au maximum dans l’éducation de leur enfant, et que, lui, poursuive ses études sérieusement. La structure est conçue pour que chacun puisse venir directement et intervenir. Dans ces circonstances, l’aide est plus facilement acceptée et les parents peuvent s’y rencontrer. Ce n’est donc en aucun cas de l’assistanat.
« Un lien social »
Si l’on suit votre principe, à terme, l’association ne sera donc plus que le cadre d’une communauté solidaire ?
C’est exactement ça ! Nous continuerons à apporter notre soutien financier tant que nous pouvons. L’association agit avant tout comme un lien social. Les parents parleront plus facilement de leurs problèmes entre eux que face à une assistante sociale. Et nous partons du principe que l’on apprend toujours des autres. Ils pourront même se donner des conseils mutuels. Il faut qu’ils prennent conscience qu’ils peuvent élever leurs enfants comme tout le monde et les conduire à la même réussite, même s’ils sont issus des quartiers.
Justement, quelle est votre vision des quartiers et de la société en général ?
Ils sont malheureusement des lieux où l’on retrouve beaucoup de SAF, les Sans Avenir Fixe. Des personnes qui ont toujours été assistées mais sur qui on n’a jamais compté. C’est pour cela qu’il y a une crise identitaire dans tous les quartiers de France. Mais je n’aime pas pour autant parler de discrimination. Je lui préfère le terme de diversité, à savoir une communauté d’humains où tout le monde a sa place. La France est pour moi une France « Arlequine ». D’autant que les discriminations ne concernent pas que les personnes issues de l’immigration. La maladie, le sexe ou le handicap en sont aussi des facteurs. De même, parler d’égalité des chances est honteux. Le véritable problème aujourd’hui est l’accès au droit. C’est pourquoi il faudrait une égalité des droits et non des chances. Je suis partisan de la méritocratie, mais sur ces bases-là. Ainsi, plus besoin d’appliquer une discrimination positive.
Regrettez-vous la suppression de la police de proximité ?
La police de proximité agissait comme un médecin généraliste, en contact direct avec les habitants. La population était rassurée et les gens venaient même parler de leurs problèmes. S’il fallait sévir en cas de délit, les interventions étaient toujours bien ciblées. Sa suppression a marqué une rupture et a beaucoup choqué.
Vous allez très prochainement lancer votre journal, Toulouse Plurielle. A qui s’adressera-t-il et quel sera son contenu ?
Ce journal sera un moyen d’expression pour les citoyens et les acteurs associatifs, pour que l’information provienne « d’en bas » et non « d’en haut ». Il sera distribué gratuitement dans toute la ville. Nous nous attacherons à mettre en valeur toutes les bonnes initiatives et à valoriser ceux qui ont réussi leur intégration. Le journal s’intitulera Toulouse Plurielle car la ville regorge de richesses variées : humaine, culturelle, sociale et économique.